Notice historique sur Bozas  –  1ère partie

L’orthographe a varié au cours des siècles. Avant la Révolution, on trouve aussi bien BOZAS (usitée en 1693 pour l’élévation de la terre en marquisat par Louis xiv pour les DU BOURG) que BOSAS ( Estimes de 1464) ou BOUSAS , cette dernière semblant proche du parler local couramment utilisé jusqu’au milieu du 20ème siècle. La Révolution adopte BOSAS en 1790, jusqu’en 1985 où la municipalité DERIES décide de revenir à l’orthographe BOZAS. Notons qu’en 1903, l’instituteur public Emile DELARBRE avait intitulé sa monographie imprimée “Sur les rives du DOUX BOZAS”, faisant fi de l’orthographe officielle de l’époque.

Nous n’avons pas de certitude sur l’étymologie et la signification de BOZAS, mais seulement des pistes de réflexion : le nom vient-il de « bosa », forme ronde ou bouse en occitan, de bô(s), bois ou lieu boisé, ou bien d’un nom d’homme, BOSON ?

 

En 912, un grand propriétaire de ce nom a fait don, avec sa femme Magemburge, de la villa d’Arlebosc, limitrophe de BOZAS, à l’église Sainte Marie d’ ANICIUM ( LE PUY en VELAY).

Trois siècles plus tard (1188 , 1242) on retrouve des Boson ( sans lien prouvé avec celui de 912) qui administrent le «  mandement de BOZAS » ( territoire seigneurial) sous la suzeraineté des PAGAN de MAHUN dont ils sont les » vassaux ». La dernière de cette lignée est Elisabeth, dame de BOZAS, mariée à Jaucerand de LAMASTRE. En 1276, avec l’accord de leur suzerain Aymon de PAGAN, Elisabeth et Jaucerand ont placé BOZAS sous la sauvegarde directe du Roi de France Philippe III le Hardi, en prêtant hommage à son bailli du Velay, 15 ans avant la création de la « ville royale » de Boucieu , proche de Bozas. Au religieux, BOZAS était située dans les limites de l’archidiocèse de VIENNE , qui allait jusqu’au DOUX , mais était le siège d’un petit prieuré de l’ordre de Cluny, dépendant de celui de Tain ; il était déjà en ruine à la fin du 13ème siècle et il n’en reste aucun vestige. Cluny conservera longtemps un pouvoir sur la nomination des curés desservant la paroisse de BOZAS, puisqu’au 18ème siècle c’est encore l’archevêque de BOURGES, dont dépend Cluny, qui fait office de « présentateur » des nouveaux curé . En 1285, le prieur de Bozas s’appelle Pierre de Laroche. Son nom nous est connu grâce au règlement d’un conflit territorial qu’il a eu avec les seigneurs Jaucerand et Elisabeth. L’église romane clunisienne, en forme de croix latine, a été démolie en 1845. Aucune représentation n’en a été conservée, preuve de son caractère architectural jugé modeste à l’époque.

Le « castrum » (château) du 13ème siècle devait aussi être modeste, limité à une tour carrée et une salle seigneuriale ( «aula ») qui semblent encore bien identifiables aujourd’hui ; ils devaient être entourés d’une simple palissade qui n’englobait pas l’église et le prieuré.

Aux 14ème et 15ème siècles, périodes de troubles, le château a été agrandi et renforcé par d’autres constructions, notamment une « visette » ( tour avec escalier à vis), et surtout une muraille avec plusieurs tours rondes qui ceignait aussi l’église et le village au nord jusqu’à l’escarpement qui domine le ruisseau de Sauzine, avec le lieu-dit « Le Fort » au Nord-Est. Deux tours subsistent à l’ouest et au sud-ouest avec une partie de la muraille (en face de la mairie), tandis que la tour qui offre un panorama sur la vallée du Rhône et le massif alpin à l’est est récente ( début du 20ème siècle). Il faut noter que BOZAS est répertoriée au 16ème siècle comme l’une des 68 villes closes du Vivarais.

Ces grands travaux d’agrandissement et de fortifications ont été rendus possibles par la puissance et la surface financière des familles qui se sont succédé par mariage à la tête de la seigneurie de Bozas, les SAINT-DIDIER 1328 -1379), déjà seigneurs du mandement voisin de Rochefort, et surtout les JOYEUSE (1379-1526), vieille famille chevaleresque du Bas-Vivarais qui occupait une place éminente dans l’échelle féodale. Possédant plusieurs châteaux ou résidences, ils ne font que de brefs séjours à Bozas et y sont représentés en permanence par un « châtelain » qui administre la seigneurie et commande la garnison. En 1464, c’est Jehan Bastard de Joyeuse qui occupe cette fonction lors des « Estimes », grande enquête fiscale des Etats du Languedoc pour l’assiette de la taille royale. Bozas compte alors 34 chefs de famille imposables (non nobles et non religieux), d’où on peut déduire une population totale de l’ordre de 200 habitants, proche de celle d’aujourd’hui mais inférieure à celle du début du 14ème siècle, avant les pertes causées par la Grande Peste de 1348 et les ravages des « Routiers » de la Guerre de Cent ans.

En 1561, les habitants de Bozas obtiennent des instances judiciaires (Cour royale de Boucieu et Souveraine Cour du Parlement de Toulouse) une limitation de l’arbitraire du pouvoir du seigneur en réduisant la « taillabilité à merci » à cinq cas de droit bien précis ; c’est l’une des dernières communautés du Vivarais à obtenir une telle charte.

Les MONTMORIN SAINT HEREM, famille puissante d’Auvergne, ont succédé aux Joyeuse.

Vers 1565, BOZAS est vendue pour la première fois de son histoire connue par Gaspard de Montmorin à Antoine AUDEYER, dauphinois qui aurait été l’un des hommes d’affaires de la fameuse Diane de Poitiers . Il n’en profite pas longtemps.

En effet, BOZAS est occupé vers 1572 par les troupes protestantes des capitaines SAINT-ROMAIN ( ancien archevêque passé à la Réforme) et CLAVEL , qui mettent à sac le pays. En 1577, le château est repris par le chef catholique DU PELOUX , qui a demandé l’aide de MANDELOT, gouverneur de Lyon, et sollicité aussi les consuls de Tournon qui lui ont envoyé 216 hommes et des munitions de guerre et de bouche. Il est très probable que tout l’appareil défensif du château (murailles et tours ) ait été démantelé définitivement à l’occasion de ce siège. Après le décès du capitaine protestant Saint-Romain, sa veuve Claude de FAY , dame de Saint-Romain, est devenue propriétaire de BOZAS en 1579 avant de se remarier la même année avec un gentilhomme forézien, Antoine de Bron de la Liègue . Leurs héritiers revendent en 1615 pour 40.600 livres les seigneuries de Bozas et Rochefort( dont le territoire s’étend sur Saint-Félicien et Empurany) à un consortium de trois personnes, dont messire Claude de ROMANET qui va garder l’essentiel. Sa fille Anne porte BOZAS à son mari Charles d’ESPINCHAL, seigneur de TAGENAC en Auvergne. Par mariage, BOZAS passe ensuite aux GINESTOUX (1645), puis aux DU BOURG (1673), pour lesquels la seigneurie de BOZAS fut érigée en marquisat en 1693 par le roi LOUIS XIV , suite à la brillante carrière d’ Emmanuel du BOURG de BOZAS , maréchal de camp et commandant pour le Roi en Languedoc, décédé à Montpellier en 1694.

Au début du 18ème siècle, les DU BOURG DE BOZAS deviennent par mariage seigneurs de SAINT- POLGUE en FOREZ où ils vont avoir leur principale résidence. Le marquis de BOZAS, alors très âgé, est l’une des victimes de la Terreur à Feurs en 1793. Ses héritiers conservent néanmoins le château et leurs terres de BOZAS jusqu’en 1840. Il est alors acheté par le Docteur FORIEL-LACONDAMINE,maire de la commune et propriétaire du domaine de PROVENSAL , descendant par les femmes des Joyeuse et des premiers seigneurs de Bozas.

Après son décès en 1841, c’est une nièce Madame BONNET des CLAUSTRES, puis sa fille Madame DUMAINE qui héritent du château de Bozas, dont une partie est conservée dans l’indivision par certains de leurs descendants.

La partie la plus récente du château, grand bâtiment rectangulaire avec sa terrasse orientée au levant a peut-être été commencée au 18ème siècle par les DU BOURG et aménagée à la fin du 19ème siècle par les DUMAINE.

Christian Foriel-Destezet